Historique

Premiere periode :
de Bousies - de Sécus (1789-1849)
    Vers le milieu du 18e siècle, l'idée de créer une faïencerie à Mons est lancée,mais les droits et privilèges sont détenus par les Porcelaines de Tournai.

    Le 7 mars 1789, Messires Fery-François de Bousies, seigneur de Rouveroy et Bonaventure Hyacinthe, chevalier de Bousies résidant à Mons, s'associent à Dieudonné Joseph Antoine, natif de Namur, pour créer une faïencerie dans le village de Nimy, distant de quelques kilomètres de Mons.

    Le lieu-dit "Le Marais" est judicieusement choisi, sur les méandres de la Haine, rivière au débit suffisamment rapide pour faire tourner des moulins et fournir la force motrice nécessaire au broyage des terres et matières premières.

    En juillet 1789, Antoine, chargé de la direction de l'usine, sollicite et obtient du gouvernement de Joseph II l'autorisation de prendre le titre de "Fabrique Impériale et Roïale", l'exemption des droits d'entrée pour les matières premières étrangères, l'exemption des droits pour la livraison des produits dans le pays et à l'étranger et des corvées pour tous les ouvriers.

    Un quatrième associé est admis : Messire Procoque, baron de Sécus. La production est assez sommaire et copiée, tant pour les formes que pour les prix, des faïences BOCH installées alors à Septfontaines (LUXEMBOURG).

    A cette époque, il n'existe aucune trace de marque apposée sur les faïences ainsi que sur les pièces de forme dans les archives. Mais il se pourrait que quelques pièces de platerie portent les initiales D.J.A. Nimy de Dieudonné Joseph Antoine. Leur imperfection est grande et permet de les différencier.

    En 1791, Antoine abandonne la manufacture pour affaires personnelles et Jean-Louis Gilles est nommé directeur. La faïencerie connaît bien des mésaventures, dues surtout à une mauvaise gestion. Enfin, en 1796, Bonaventure de Bousies prend la direction, rénove, assainit et développe la manufacture. Par tous les moyens, il cherche à diminuer les frais, à perfectionner la qualité du biscuit et la solidité du vernis et à diversifier la production. Outre les pièces de caractère usuel ou platerie, tasses, sous-tasses (rares), assiettes, soupières, cafetières et légumiers, apparaissent des pièces de petit mobilier (bénitiers, vases) et des carreaux pour paver les âtres des cheminées. Nous reviendrons plus tard sur les formes des pièces de platerie, leurs décors et leur composition.

Fin 19e , une inscription BL apparaît en creux, au revers des pièces.

    Bien que plus grande et plus profonde que celle de la fabrique BOCH du Luxembourg, elle provoque la colère des propriétaires et, dès1801, les de Bousies adoptèrent la marque en creux NIMI ou NIMI, avec le N inversé, surmontant une lettre ou le numéro de l'ouvrier qui a fabriqué la pièce. A cette époque, les ouvriers étaient payés à la pièce.

    Le plus grand mérite de de Bousies fut de développer des comptoirs de vente à Bruxelles, Anvers, Gand et Bruges, des débouchés à l'étranger comme Lille et de participer aux grandes expositions (Gand 1820, Haarlem 1825 et Bruxelles 1830).

    Le charbon remplace le bois dans les fours et, en 1826, pour ne pas renouveler le bail de location des moulins, il installe des machines à vapeur. La manufacture emploie jusqu'à 250 ouvriers.

    La crise commerciale, au lendemain de la Révolution belge, la concurrence de plus en plus importante, anglaise principalement (relations commerciales privilégiées par Léopold Ier , en égard à sa nièce Victoria), ralentissent l'activité qui se maintient vaille que vaille jusqu'à la mort du chevalier de Bousies en 1831. La gérance est confiée à Mr Declercq (directeur de la fabrique de porcelaine de Baudour), en 1848.

    En 1851, l'usine est vendue avec profit par les héritiers.


deuxieme periode :
é
poque Declercq et Cie (1849-1851)
    Si l'on peut dater avec précision les événements qui ont marqué la période de Bousies, grâce à l'importante correspondance échangée entre le chevalier de Bousies et son associé F. de Sécus, une certaine confusion règne pour les années suivantes, due à la disparition des principales archives de la manufacture.

    L'établissement fut vendu en 1851 à Jean-Pierre Mouzin, directeur de la faïencerie KERAMIS de Saint-Vaast. Théophile Lecat, maître potier et divers autres actionnaires, pour la somme de 66000 francs belges.

    Une société en commandite a été créée sous la raison sociale "Declercq et Cie", qui confie à ce dernier la gestion et la signature de la société. Néanmoins, il lui est interdit de fabriquer un autre genre de faïence que celui usité dans l'établissement, soit d'y ajouter la fabrication de la porcelaine, soit de changer ou d'augmenter le matériel d'exploitation. Cette société avait été dissoute en 1851, date de la création de la société Mouzin-Lecat et Cie. Ce qui est certain, c'est que Declercq de Baudour fut bien présent à Nimy.

    Outre la production précédente, on découvre à son époque des objets en "terre à feu", pâte assez grossière recouverte d'un enduit brun foncé à l'extérieur, blanc à l'intérieur et l'apposition de la marque NIMY (avec "Y") en creux.

Le procédé d'impression.

    Ce procédé est relativement simple : partant d'une plaque de cuivre, préalablement gravée, on encre les creux, on y dépose une feuille de riz extrêmement fine qui absorbe l'encre et on la reporte sur le biscuit avant recuisson. Ce procédé a pour avantage que la pâte de biscuit absorbe la couleur, laquelle est littéralement cuite dans la pâte, donc plus résistante. A la différence de la décalcomanie, elle ne présente pas de relief. On fabriqua des plaques de rue en faïence, très rares.


TROISIEME periode :
é
poque Mouzin-Lecat
et Cie (1851-1890)
    En avril 1851, les propriétaires de l'usine conclurent, entre eux, une association "Mouzin-Lecat et Cie"; Jean-Pierre Mouzin et son fils sont chargés de la direction de l'établissement.

    En quelques années, de nouveaux bâtiments sont érigés, équipés de nouvelles et performantes machines, ce qui triple l'avoir de l'usine. Les Mouzin sont avant tout des industriels pragmatiques et efficaces : ils renoncent à la poterie de luxe pour ne fabriquer que de la vaisselle d'usage mais gardent néanmoins des pièces à caractère artistique pour faire apprécier l'habileté de leurs artisans lors des expositions (vases, statuettes, cache-pots, fontaines...).

    En 1897, l'usine occupe 675 ouvriers ! Précisons qu'en ce temps-là, la région vivait l'ère de la prospérité industrielle qui suivit le développement des grands moyens de communication : creusement d'un canal à deux sections, route Mons-Bruxelles, chemin de fer dès 1843. Chaque jour, plus de 3000 ouvriers descendaient de train à Nimy, sans compter les locaux qui rejoignaient leur lieu de travail à pied ou à vélo.

    La prospérité de la famille Mouzin est telle qu'elle rachète la faïencerie d'ONNAING, en France, et en crée une à WASMUEL, toutes deux bientôt détachées et autonomes de la société-mère.

époque Société Anonyme
    En 1890, la société se transforme en société anonyme à la tête de laquelle se succèdent divers directeurs dont le plus connu est VINCART.

    La guerre 14-18 vit la déportation ou la mobilisation de la plupart des ouvriers et l'occupation de l'usine par les Allemands.  A la fin des hostilités, l'usine tenta de se redresser. Le manque d'entretien des bâtiments et la faiblesse de qualité de la production conduisent à la vente de l'affaire à la société céramique de Maastricht en 1921.

    Durant toute cette période, les Mouzin ou associés fabriquèrent toutes sortes de faïences, utilisèrent les motifs à la mode ou reflétant l'actualité de l'époque

    - Sujets d'inspiration égyptienne lors du percement du Canal de Suez

    - Décors asiatiques : lors de la colonisation du Tonkin (+ /- 1880)

    - Décors chinois : comptoir de vente à  Macao.

    - Sujets militaires : guerre franco-allemande.

  - Sujets religieux : assiettes ou les carreaux de céramique qui décoraient la chapelle de la Conception (détruite en 1960) jusqu'à une hauteur de deux mètres et représentaient les exploits des douze saints les plus populaires de cette région industrielle : Saint Eloi, Sainte Barbe, Saint Nicolas, etc.

    - Sujets liés à la mode contemporaine : les vanneries tressées, les pots à tabac allégoriques, les imitations anglaises (chiens de faïence), les pyrophores (développement de l'ère de l'allumette).

    - Sujets témoins de leur temps : représentation des moulins de la Haine (aujourd'hui asséchée) ou bols de mineurs représentant les différents puits en activité au 19esiècle.

    - Sujets témoins de la vie quotidienne des ouvriers de la faïencerie : assiettes au nom de Arthur Thiry, maître potier, le félicitant d'avoir "échappé" au tirage au sort pour le service militaire.

    On produisit également des faïences dites MAJOLIQUES, faïences très colorées, en relief, imitations en vogue des faïences italiennes de la Renaissance et des couronnes mortuaires à la rose dont peu d'exemplaires nous sont parvenus à cause de leur faible résistance aux gelées, contrairement aux rares productions porcelainières de Baudour, plus solides.

    Les marques apposées témoignent de cette diversité de production.

    

    

    La plus étrange reste un cachet ovale en bouclier; inscription périphérique, manufacture impériale et royale 1789. En bas, NIMY Belgique. Au centre, blason au Lion Belgique couronné et Aigle bicéphale éployé, collier de l'Ordre de la Toison d'Or.


quatrieme periode :
Société céramique
de Maastricht (1921-1951)

    Lors du rachat de la faïencerie par la société de Maastricht, l'objectif principal du nouveau propriétaire fut de réparer, réorganiser et agrandir considérablement l'usine (jusqu'à 10 hectares).

    Le principal instigateur de cet essor fut le directeur Moreau qui se soucia, outre l'augmentation de la rentabilité, de l'amélioration des conditions de vie des ouvriers (infirmerie, mutuelle, cantine, vestiaires, douches, allocations familiales,...)

    Si, dans les années 1920-1930, la production s'efforce de maintenir sa qualité et sa diversité, elle commence à décroître dès l'approche de la guerre. On y retrouve tous les sujets déjà précités auxquels s'adjoignent des motifs patriotiques (assiettes Roi Léopold III et Reine Astrid), des décors persans (ouverture du marché iranien), des nouveaux décors égyptiens (découverte de Toutankhamon) ou copies des modèles à la mode.

    Les marques apposées en creux ou au cachet sont nombreuses, en référence à leur sujet, mais reprennent toujours la mention NIMY.

    Pendant la guerre 40-45, l'usine fut à nouveau réduite pratiquement à l'inactivité de par la déportation massive des ouvriers en Allemagne et l'impossibilité d'approvisionnement de matériaux valables. Néanmoins, il existe une production marquée de la lettre "N" entourée d'un cercle (les responsables craignaient les ennuis avec l'occupant).

    A la Libération, la fabrique sert de garage au charroi américain. Une tentative de redressement est effectuée par un ingénieur en 1946, qui tente de réduire le temps de cuisson de 36 à 24 heures par souci de rentabilité. L'échec est cuisant !  En 1948, le comte de Meeus propose de réinjecter 8 millions de francs belges de l'époque, soit 100 millions de francs belges actuels, pour sauver l'outil. La direction refuse : elle préfère fermer l'usine et importer à moindre coût les pièces de Hollande.

    C'est la fin de Nimy, en 1951.

    Tout ce qui est monnayable est vendu comme les charpentes encore en excellent état ou les briques réfractaires du 18e, très appréciées. Les archives ou bâtiments restants sont rasés.
 


Index